mercredi 19 avril 2023

Publier pour ne pas être oublié

Publier ou être oublié. Telle semble être la règle aujourd’hui.

Publier à marche forcée, quitte à partager tout et rien, pour ne pas disparaître dans les abysses des algorithmes. Ces lignes de codes dont dépend aujourd’hui notre existence virtuelle.

L’image que l’on veut donner de nous apparaît plus importante que ce que l’on a à dire. L’apparence avant tout.

Les dieux de la futilité s’appellent réseaux sociaux. Est-ce que j’ai quelque chose à dire capable d’avoir un impact sur les autres ? Une question que l’on ne se pose plus. Toute notre vie dans ses moindres détails, même les plus insignifiants ne peuvent que soulever l’intérêt de nos « amis » dans le monde numérique.  Comment pourrait-il en être autrement ? Ma vie est forcément plus intéressante que celle des autres. J’ai l’impression d’exister réellement puisque l’on regarde et l’on s’intéresse à ce que je fais même de plus banal.

 « C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule », le titre de ce vieux film de Jacques Besnard est devenu un mantra de notre société virtuelle.

Les réseaux sociaux me donnent l’illusion d’une certaine importance. N’est-ce pas un chapitre supplémentaire qui s’ajoute au « Mythe de Sisyphe » d’Albert Camus, sur la façon de lutter contre les aspects les plus absurdes de la vie ?

 Peut-on encore développer un projet et le faire connaître sur les réseaux sociaux ? Cette question engage les stratégies de communication. Certain comme Grant Cardonne nous disent d’en faire 10 X plus que les autres.

Seth Godin dans « La vache pourpre » nous explique que la communication de masse a vécu et qu’elle laisse place au ciblage et à ce qui est remarquable. Surprendre par ce que l’on propose en s’adressant à une cible très précise et bien plus efficace dans un monde désabusé et saturé.

Le déclin engagé de Facebook en est-il un annonciateur ? Les tribunes se multiplient pour évoquer la fin de l’influence des réseaux et des applications qui saturent nos smartphones. « Trop d’information tue l’information » nous le savons déjà mais nous n’en tenons pas compte, trop préoccupé à nous forger une image virtuelle forcément plus belle que celle de notre voisin. Nous sommes entrés dans une sorte de compétition virtuelle. Nous voulons paraître plus que ce que nous sommes. Nous refusons l’anonymat dans une société individualiste qui promeut la compétitivité entre les individus. De fait, nous sommes dans un concours permanent de popularité. Regarder un match à la télé, diner en famille ou entre amis, se promener, ses pieds en vacances… tout est devenu sujet à publication.

C’est une tentation narcissique qui nous rend accro à ces « likes » que nous prenons pour des preuves tangibles de nos existences. Ils sont devenus un but ultime. Sans eux, nous doutons et un malaise s’installe, une angoisse, nous sommes dans une incompréhension totale, déstabilisés par le manque d’intérêt pour notre dernière publication.

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