« La lecture du journal est la prière du matin de l’homme moderne », disait le philosophe allemand Hegel. Cela était vrai avant que l’image et la télévision ne viennent tout bouleverser et prendre le pas sur l’écrit et la presse imprimée. Aujourd’hui, il apparaît qu’Internet et les réseaux sociaux s’imposent à leur tour. Ce pourrait être une évolution tout à fait naturelle, sauf qu’il ne s’agit plus de passer d’un média à un autre. En effet, peu de plateformes de partage de vidéos et de réseaux sociaux se revendiquent comme étant un média. Au contraire, ils se défendent d’en être afin de ne pas respecter les règles inhérentes à tout média. X ou Facebook, par exemple, expliquent qu’ils ne produisent pas de contenu mais se revendiquent uniquement comme des réceptacles des publications des utilisateurs.
Sans contrainte ni déontologie, hors de la législation de la presse, tout
– et souvent le pire – peut s’exprimer en laissant croire qu’il s’agit de
réelles informations, ce qui n’est pas le cas. Là se situe toute l’ambiguïté et
la rupture entre les sources de diffusion d’une actualité vérifiée et un
ramassis de rumeurs et de mauvaises intentions. À partir de là, il ne peut plus
s’agir que d’une vision déformée, d’un monde tronqué : un regard trompé par de
fausses nouvelles, des délires complotistes, des lectures erronées et/ou
orientées des faits, ou un prosélytisme en tout genre.
La prière de l’homme moderne d’aujourd’hui sonne faux, tant ses nouvelles
croyances reposent sur des sources peu fiables, sur l’effritement de la vérité
et sur les distances prises avec la réalité. Ce qui est et ce que l’on voudrait
qu’il soit sont deux choses complètement différentes ; la distorsion est évidente.
Le plus compliqué consiste à résister, peu ou prou, à la facilité du scrolling
et à conserver un point d’ancrage informationnel sérieux, soumis aux exigences
des médias dits « traditionnels » par commodité. Ce média doit porter une vision de l’information, des
valeurs, ainsi qu'un respect des obligations qui s’attachent à son statut. Il
doit vouer une passion fiévreuse et respectueuse pour l’actualité en général et
l’information en particulier.