Nous prononçons de moins en moins de mots chaque jour. Une étude de chercheurs américains le démontre (réf. La Voix du Nord du mercredi 6 mai 2026) : nous sommes passés d’environ 16 000 mots prononcés quotidiennement en 2005 à moins de 12 000 en 2019. Moins de mots signifie moins d’interactions, moins de contacts interpersonnels, d’échanges et de communication. Scotchés à nos claviers, rivés à nos écrans, nous ne vivons plus le monde que virtuellement. La réalité et notre environnement direct se révèlent moins attractifs que l’illusion d’accéder à un vaste monde sans réelles limites, alors que nous ne faisons que relayer quelques images choisies par d’autres.
Les mots nous
échappent jusqu'à ne plus savoir dire ; nous voilà condamnés à « scroller » et
« liker » à l’infini. Au final, rien ne nous restera de ce flot incontrôlable
de tout et de n’importe quoi, piloté par des algorithmes. Pourtant, un
véritable dialogue porte bien plus de sens que ce sentiment trompeur de
communication. C’est une véritable supercherie que de nous faire croire que
nous pouvons comprendre le monde à travers des publications s’enchaînant sans
but ni cohérence. Un désordre, un « gloubi-boulga », un déversement de faux, de
manipulations et d’insignifiances incapables de nous apprendre quoi que ce
soit.
En l’absence de mots, l’argumentation, la logique et la raison disparaissent ; l’intelligence, la vérité et l’universalisme s’effacent. Le complotisme, le communautarisme et le wokisme s’imposent dans l’émotion immédiate, au détriment du verbe et de sa force, au détriment de la pensée qui agite les esprits et des idées constructrices d’un socle commun, rassembleur et apaisant, seul capable de nous permettre de « faire société ».