J’ai trop longtemps cherché une autre histoire que la mienne, au point de laisser la solitude m’envelopper. Les personnages de ma vie se sont éloignés, ne me reconnaissant plus dans l’insécurité de cet autre moi qu’ils ne comprenaient pas. Nous nous attachons à une personnalité, à une manière d’être, à une façon de nous inscrire dans le monde. Mais à quel moment une existence se brise-t-elle ? Est-ce lorsque le silence autour de soi devient un silence intérieur qui finit par fendre l’âme ?
Le silence induit
souvent une tristesse qui se mue en souffrance. Celle-ci devient le symptôme
d’une terrible réalité : la mort sociale. On demeure entouré tant que l'on est
utile ou profitable. Puis, avec l’âge ou les revers, le vide s’installe. On
essaie de maintenir le contact, mais rien n’y fait : on devient un souvenir
lointain, de plus en plus rare, jusqu'à s'effacer complètement. C'est une
sentence cruelle, d'autant plus difficile à accepter lorsque l'on a consacré sa
vie à la communauté plutôt qu'à son seul intérêt.
Pour tenter d'échapper
à ce vide, nous cédons au piège des apparences. Chaque jour nous impose alors
un choix crucial : s'assumer ou faire semblant, être soi-même ou jouer une
comédie pour se conformer aux standards du moment. Nous abdiquons notre vérité
dans l'espoir de préserver notre "valeur" aux yeux du monde, car nous
pressentons que l'attrait que nous suscitons sert de curseur social.
Pourtant, cette
comédie ne suffit pas à retenir les autres. Les relations finissent par se
distendre et s'épuiser sous l'usure du temps. Êtres sociaux par nature, nous
accordons une importance démesurée au regard d'autrui, si bien que le sentiment
d’abandon nous renvoie au pire des rejets : celui de notre identité et de notre
existence même. Quand le curseur chute, la rupture est brutale et laisse de
profondes cicatrices. En peu de temps, nous pouvons basculer de la lumière à
l'obscurité relationnelle, en faisant chaque jour la douloureuse expérience de
notre propre fragilité.