Une légende, mauvaise sur le fond comme sur la forme, voudrait
qu’en temps de campagne électorale tous les coups soient permis, toutes les
accusations acceptables, toutes les insultes admises et que tous les coups bas
soient de bonne guerre, tous les jugements de valeur faisant partie des règles.
En réalité, les comportements traduisent bien souvent les personnalités. En
effet, comment croire que se sentir autorisé à mal agir ne révèle rien de soi ?
Pourquoi vouloir attaquer la personne et ne pas contredire les
idées et les projets ? Pourquoi vouloir détruire l’autre plutôt que de
construire sa propre démarche ? Pourquoi s’acharner à abîmer l’image d’autrui
plutôt que de forger son propre récit ?
La théorie de la grosse caisse en communication politique veut
que l’important soit qu’on parle de ce que vous dites et, par corollaire, que
l’on parle de vous. Qu’importe finalement la manière et le sujet : plus c’est
gros, plus ça fait du bruit et mieux c’est pour atteindre l’objectif. La
critique est toujours plus facile que la proposition. Le reproche est plus
simple que l’argumentation. Le fond est toujours plus compliqué à imposer que
la forme. La campagne négative, celle qui rassemble les mécontentements, relève
d’une facilité qui dit beaucoup du candidat qui l’utilise. Il n’y a rien de
glorieux.
Lancer des accusations est facile. La pratique en revient
souvent à l’opposition. Les étayer par des faits relève d’une démarche beaucoup
plus exigeante que peu de gens s’imposent. Alors de deux choses l’une : soit
elles sont fausses puisque rien ne vient les appuyer, soit celles et ceux qui
les portent ne s’en donnent pas la peine, trop compliquées à faire, trop de
travail à leur goût. Quelle que soit la réponse, la personne n’en sort pas
ennoblie. « La critique est aisée, l’art est difficile » : cette formule de
l’auteur, metteur en scène et comédien Philippe Néricault renvoie chacun à ses
comportements.
L’isolement du pouvoir est une accusation jetée comme une
disqualification qui serait rédhibitoire. Comment y croire lorsqu’il s’agit de
gérer les difficultés du quotidien, dans un contact permanent avec la
population ? Gérer une ville, c’est être au cœur de la vie de tous les jours
des habitantes et des habitants. Affirmer le contraire ne peut servir
d’argument. Les choix peuvent être contestés ou rejetés, mais l’action ne peut
être niée. Un maire ne s’isole que selon ses opposants. Il s’agit surtout de la
marque de celles et ceux qui cherchent à dénigrer plutôt que de proposer. Il
est plus facile d’être contre quelqu’un plutôt que de bâtir un projet. Une
telle attitude n’est pas de bon augure. Mieux vaut en finir avec ce type de
posture, car rien de positif n’en sortira.
J’aimerais
bien être toujours positif, mais
à lire la méchanceté, voire la
haine, de certains commentaires, j’ai du mal à croire à la propreté et à la
probité de cette campagne électorale qui débute. Je le regrette profondément,
tant je suis convaincu que la politique n’en ressort jamais grandie et que les
électrices et les électeurs méritent mieux et davantage de respect. La
brutalisation tant redoutée de la vie politique apparaît comme une réalité. Malheureusement, il semble que les
échanges doivent être empreints de « bruit et de fureur » — conditions pour
s’opposer et être entendu à l’heure des réseaux et du trop-plein de contenus.
Dans le
quotidien La Voix du Nord (édition du 28.12.2025), on apprend que la «
démocratie illibérale » progresse partout dans le monde. La France se situe au
dixième rang du classement des démocraties. Du national au local, la vie
politique s’exprime dans l’excès de langage, dans le mépris de l’autre, dans
l’absence de toute retenue et de raison. Et voilà qu’aujourd’hui, il est
reproché aux autres ce que l’on dit ou fait soi-même.
La démocratie
française s’est pourtant
construite dans la diversité des opinions, des croyances et la liberté
d’expression. Nous pouvons être, croire ou
dire ce que nous voulons dans le respect des lois républicaines. Pourtant,
l’opposant devient adversaire, la différence devient inacceptable, l’opinion
contraire devient attaque, la défense de ses convictions devient injure.
Je voudrais
toujours être positif en écrivant sur la politique, mais certains ne m’en donnent pas toujours
l’occasion. Et certains
comportements, dans cette campagne municipale, ne relèvent pas le niveau. Un
proverbe populaire nous enseigne qu’il faut « tourner sept fois sa langue dans
sa bouche avant de parler ». C’est-à-dire qu’il faut réfléchir minutieusement
avant de s’exprimer. Malheureusement, comme le disait Jean de La
Bruyère : « Il y a des gens qui parlent un moment avant d’avoir pensé. »