Nos routes se croisent et se séparent. Ainsi vont la vie et nos rencontres. Nous accompagnons d’autres êtres un moment, du mieux que nous le pouvons, et nous avançons ensemble grâce à ce qu'ils nous transmettent. Mais sommes-nous seulement assez reconnaissants ? Probablement pas. Trop souvent, nous préférons nous convaincre d’être les seuls artisans de notre réussite, cherchant à nous valoriser à nos propres yeux comme à ceux des autres.
Admettre que l’on doit quelque chose se révèle vite
insupportable ; être redevable nous met mal à l’aise. Alors, nous prenons nos
distances, progressivement, parfois brutalement, par peur de ce fameux «
renvoi d’ascenseur ». Paradoxalement, nous savons nous tourner vers les autres
lorsque le sol se dérobe sous nos pas, mais nous détournons trop facilement le
regard quand il s’agit de tendre la main. Nous aimons la lumière des jours
fastes et fuyons dans l’ombre dès que la vulnérabilité pointe. Guérir nos
blessures en cachette pour paraître forts, tolérer le regard des autres
uniquement lorsqu'il nous flatte, voilà notre contradiction.
Pourtant, nos chemins s’entrelacent un temps pour n'en faire qu’un, jusqu’à ce que le cours des choses ou l’évolution de chacun nous
désynchronise. Notre parcours n’est qu’une suite de métamorphoses et de
bifurcations.
Nous aurons beau tenter d’esquiver le jugement
d’autrui et choisir de recevoir sans jamais donner en retour, une vérité
demeure : il est impossible d’évoluer sans l’autre. Le regard que l’on porte
sur nous est inévitable, tout simplement parce que nous avons désespérément
besoin des autres pour grandir.