dimanche 26 novembre 2023

L’influence informationnelle

L’univers numérique fait maintenant partie de notre vie courante, qu’elle soit professionnelle ou personnelle. Notre quotidien nous renvoie en permanence vers les outils informatiques.

Aucune démarche administrative et financière, peu d’actions de communication, de recherches et de partages d’informations, d’échanges de documents n’utilisent pas les différentes possibilités numériques.

Pour parfaire notre culture, pour  nos distractions, l’utilisation de nos temps libres, d’attentes, de nos souhaits d’évasion, nous conduisent préférentiellement vers les applications que nous avons téléchargées et que nous emmenons partout avec nous.

La société du numérique et du sans contact est une réalité qui s’impose, qui n’échappe plus à personne. Faut-il le regretter ou s’en féliciter ? C’est à chacune et chacun d’avoir son opinion sur le sujet.

Aza Raskin, l’inventeur du scrolling (défilement des images) a calculé que le temps passé à cette activité représentait l’équivalent de 200 000 vies par jour.

Même l’éducation de nos enfants préfère la tablette aux livres papiers. Les logiciels remplacent le bon vieux cahier de texte et les inscriptions se font maintenant par l’intermédiaire d’une plateforme. Plus besoin de se déplacer, ni de rencontrer quelqu’un.

Le numérique s’impose dans nos routines, dans nos déplacements et nos véhicules, dans notre travail et nos loisirs. C’est-à-dire tout au long de nos journées.

Les algorithmes nous enferment dans une bulle de préférences qui additionnent sur nos écrans les contenus similaires, sans nous offrir la richesse de la diversité.

Dominic Packer, professeur de psychologie américain, explique que « Nous comptons sur les autres pour nous aider à comprendre le monde car, dans la vie réelle, il s’avère généralement une bonne source d’information. La raison d’être des Oscar ou des listes de best-sellers est de nous dire ce qui a de la valeur pour eux, une cascade informationnelle facilitée par le sentiment d’appartenance au groupe qu’on présume le mieux informé » (source : Le Monde été 2023).

Aujourd’hui, cette influence informationnelle, comme le nomme les psychologues, est le fruit d’Internet et des réseaux sociaux où les influenceurs(ses) prospèrent. A l’exemple de cette influenceuse française, l’une des plus populaires, « visée par une amende de 50 000 euros pour ne pas avoir indiqué la véritable intention commerciale des contenus pour lesquels sa société a reçu une contrepartie » (Voix du Nord du 20 août 2023).

Rien ou presque n’échappe aux transformations numériques. Nous sommes face à nos écrans, par choix ou par obligations, de manière constante. Le pourvoir de séduction est indéniable. Il est lié à l’impression de facilité et de possibilités illimitées.

Dans le paraître des réseaux sociaux, il y a souvent la peur de disparaître. Dans une société de l’hyper communication, rien de pire, en somme que l’indifférence. On veut être liké, retwitté, additionner les cœurs et les partages.

A ce sujet, Philippe Sollers écrivait dans son livre « Graal » (édts Gallimard) « Ils n’ont pas peur de mourir, mais plutôt de ne plus être pris en considération pour le spectacle, c’est-à-dire de ne plus se sentir filmables ou télévisables. »

La crainte d’une mort numérique voilà bien la nouvelle angoisse de « notre post modernité d’indiscrétion générale » comme Philippe Sollers décrivait notre époque, dans son ouvrage.

Or, comme le dit Elodie Gentina, chercheuse à l’IESEG, « Les jeunes fonctionnent par mimétisme, y compris dans la violence. Particulièrement avant l’âge de 15 ans, où on est en pleine construction de son identité sociale… pour les jeunes hyperconnectés, celle-ci par aujourd’hui par Internet et les réseaux sociaux. Un monde parallèle, comme dans des tribus ou des bandes, qui prend le pas sur le réel… » (Voix du Nord du 3 juillet 2023).

Cette réalité parallèle se construit avec les réseaux sociaux. Alors faut-il s’inquiéter que « Les moins de 6 ans passent en moyenne 832 heures par an devant un smartphone, les jeux vidéo et la télé » ? (Aujourd’hui en France du 18 novembre 2023). Rappelons que pour un élève de primaire, le temps scolaire est de 864 heures.

Réalité parallèle ou réalité tronquée, là est la vraie question. De plus faut-il s’inquiéter d’un effet amplificateur des réseaux sociaux ? Selon Leïla Mörch, experte en gouvernance de l’Internet et modérations des contenus en ligne, s’exprimant sur les émeutes urbaines de 2023, relayées en masse sur les réseaux sociaux, « C’est vraiment un miroir déformant de la réalité. Mais, en l’occurrence, ils ne sont absolument pas la cause. En 2005, il n’y avait pas les réseaux sociaux et les émeutes avaient duré le temps qu’on connait » (Voix du Nord du 1er juillet 2023).

Selon les dernières statistiques, on consulterait notre smartphone toutes les deux minutes, 30 fois par heure, 542 fois par jour. Dans « Graal » toujours,  Philippe Sollers s’inquiétait «  Tout est maintenant immédiat, le temps ne coule plus, et le plus stupéfiant est que personne ne semble s’en rendre compte. »

L’influence informationnelle est bien réelle. Reste que pour une partie des jeunes internautes, elle est pilotée par des algorithmes, des influenceurs mais aussi des complotiste et autres trolls.


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