lundi 14 avril 2025

Municipales 2026 : l’opinion publique

« L’opinion change d’elle-même l’image de celui qu’elle veut faire gagner ». Cette citation ne vient pas de n’importe quel communicant. Il s’agit de Jacques Pilhan, surnommé le sorcier de l’Elysée, qui a fait élire deux présidents de la République. Grand connaisseur de l’opinion publique, il savait mieux que personne ses logiques, ses mouvements, ses inclinaisons et parfois ses incohérences, ses soubresauts et ses errements.

La lecture de l’opinion publique et sa compréhension est un art difficile. Deux ou trois conversations au bout d’un comptoir ne suffisent pas, loin s’en faut. Elle s’étudie et s’analyse avec méthode. Comprendre les forces qui la traversent réclame de l’observation patiente, de se nourrir d’enquêtes quantitatives et qualitatives. Se dire expert en opinion publique du jour au lendemain relève au mieux de la prétention, au pire de l’inconscience. L’opinion publique ne se forme pas dans l’instant. Les tendances lourdes montent progressivement, doucement, à bas bruit. Voilà pourquoi il est particulièrement difficile d’en déterminer les prémices, d’en comprendre les ressorts au plus tôt, d’en traduire les mouvements de fonds.

L’exercice se complique lorsqu’il faut également prendre ses distances par rapport à ses propres ressentis. Son opinion particulière ne peut traduire le sentiment général. Il s’agit de ne pas se laisser influencer par ses propres intuitions dans l’analyse des situations. Un exercice qui exige de la distanciation par rapport à ses propres convictions et à ce que l’on souhaiterait que l’opinion soit. Nous ne sommes pas l’opinion publique.

Il faut aussi savoir percer ce que j’ai appelé « la bulle d’égoïsme », dès 2017, avant que l’idée ne soit développée et popularisée par d’autres spécialistes, plus reconnus. Dans mon livre « La communication en politique », j’explique que « dans un monde de plus en plus difficile, dans une société de plus en plus dure, un réflexe normal est de vouloir se protéger et protéger sa famille. C’est pourquoi, nous nous sommes toutes et tous enfermés dans une bulle de protection qui relève plus d’une mécanique d’autodéfense que d’autre chose. On se referme sur son univers immédiat : famille, travail, amis, logement, confort, biens matériels… Et l’on craint, repousse, rejette tout ce qui peut apparaître comme déstabilisateur… » La question consiste donc à savoir dépasser cette protection naturelle et entrer dans les préoccupations qui s’expriment à l’intérieur. Celles-ci peuvent parfaitement être d’ordre général mais intériorisées et devenues un sentiment intime. L’opinion publique peut également se forger à l’occasion d’une majorité négative. C’est-à-dire l’agrégation de mécontentements dans un même mouvement, au même moment.

En période électorale l’opinion publique décide définitivement de la candidate ou du candidat qu’elle veut faire gagner lors de ce que l’on appelle la cristallisation. Elle se fait plus ou moins proche de l’élection. Il s’agit du moment où la majorité se détermine. Dès lors, plus aucun fait, ni argument, ni évènement ne pourra faire bouger son vote. La mouvance supposée de l’opinion publique me semble plus relever du fantasme. Les mouvements de fonds sont lents. Mais une fois installés, il faut un temps identique, aussi long, pour sa modification profonde.

L’opinion publique fait l’élection. Faut-il en conclure qu’elle a toujours raison ?

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