De mon balcon, un peu en retrait de la rue, je vois agir celles et ceux qui se croient à l’abri de tous les regards. C’est le moment où les véritables natures, les instincts, s’expriment et se laissent surprendre dans toute leur vérité ; dans cette nudité de l’être qui se révèle entièrement. L’individu, homme ou femme, qui ne se sent pas observé, se débarrasse de ce rôle qu’il joue en société par obligation ou par convenance. Surgit alors le vrai, l’authentique, qui se traduit généralement par le moins bon, et parfois le pire. Les vérités se cachent bien souvent.
Peut-on observer
sans déranger ? Se poser la question, c’est sans doute ignorer le principe
d’Heisenberg qui veut que le simple fait d’observer altère le sujet de
l’observation. C’est, de toute évidence, moins vrai lorsqu’on ignore être vu.
À la terrasse d’un
café, je vois agir des gens pour qui les autres ne comptent visiblement pas.
Dérangeants, excessifs, inopportuns, scrollant avec le son au maximum, criant
leurs conversations téléphoniques ou faisant hurler leurs échanges en visio.
Seule leur petite personne compte ; rien ne les retient, pas même de bousculer
pour obtenir la place désirée, de gâcher la vue en stationnant leur véhicule
entre vous et le paysage, ou de vouloir passer en priorité contre toute
logique. Je ne peins pas tout en noir, je vois la réalité. Je ne peux
m’empêcher d’observer l’égoïsme triomphant en pleine action. Je ne peux que
constater que l’esprit collectif s’efface de plus en plus devant
l’individualisme. Je n’ai pas trouvé d’autre solution que de regarder la
réalité en face.
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