Dans les médias comme en politique, au sein des entreprises comme dans les relations sociales, l’aisance orale est devenue le principal accélérateur de réussite. Elle facilite la mise en avant et précipite les ascensions, bien souvent sans le moindre rapport avec la compétence réelle ou la valeur du travail accompli. Savoir manier les mots s’accompagne trop souvent d’une absence totale de doute, née d'une pure inconscience ou de l'illusion de tout savoir.
Dans une société du
spectacle et de l'immédiateté, les beaux parleurs ont pris le pouvoir. Les «
toutologues » squattent les plateaux de télévision comme les conversations
autour de la machine à café, occupant l'espace sonore par la seule force de
leur aplomb.
Cette primauté du style sur la substance crée un piège redoutable : elle relègue au second plan les profils rigoureux, plus modestes ou doutants, dont l'expertise s'efface derrière le bruit ambiant. En confondant l'éloquence avec le savoir et l'assurance avec le talent, nous finissons par accorder notre confiance à ceux qui parlent le plus fort, plutôt qu'à ceux qui pensent le plus juste.
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