Je suis ce vieux monsieur qui s’étiole en pensant à sa vie passée, bientôt achevée. Il ne vit plus que par procuration, la plupart du temps au travers d’un écran de télévision. Il s’enfuit dans d’autres existences que la sienne. Quelques mots lui offrent l’illusion, un court instant, que tout reste possible. Qu’importe si ce n’est qu’un rayon de soleil éphémère dont la chaleur s’épuise, une bouffée d’espoir précaire, un soufflé aussitôt retombé : c’est un répit, malgré tout.
Ce vieux monsieur ne
regarde plus ni le passé ni l’avenir. Il n’a plus que le jour présent en ligne
de mire, projection bien suffisante pour qui n’a plus que l’attente pour
horizon. Nous ne sommes rien dans le « trop tard ». Et pourtant, le refus
d’abandonner lui vient en aide. Faut-il se laisser sombrer ou s’amarrer coûte que
coûte à un quai ? Nous sommes après tout les lointains cousins de ceux qui
affrontaient les mers, les tempêtes et les odyssées. Il ferait tout pour que le
monde jaillisse de nouveau dans sa vie.
Jeune, on se moque
de tout ; vieux, on s’inquiète de tout. Et pourtant, le renoncement n’est pas à
l’ordre du jour. Ce vieux continue d’inventer des histoires, d’écrire,
d’alimenter son blog. Si la fortune sourit aux audacieux, la formule a trouvé
sa vérité : l’écriture sourit aux audacieux.
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