mardi 19 août 2014

La faute à la communication !

La communication est devenue un fourre-tout. Tout y passe, les fautes, les erreurs, les oublis ou le manque de préparation.

Tout le monde se pique d’être un connaisseur averti. Il y a plus de 60 millions de communicants en France et quelques milliards sur la terre.
Si c’était si simple, tous nos problèmes seraient déjà résolus depuis longtemps.
Tout le monde à sa petite idée sur le sujet, et pourtant rien avance.
C’est une constante, plus il y a de personne s’en mêle, plus une situation devient chaotique. Beaucoup ne savent pas vraiment de quoi il parle.
Cela est vrai au niveau du gouvernement que dans l’entreprise, dans une collectivité ou une association.
La communication est un métier avec des techniques, des règles, des stratégies à appliquer. Il faut éviter les « couacs ».
C’est un long apprentissage, fait d’essais et d’erreurs si chers à Karl Popper. C’est un ensemble de disciplines qui sont autant de spécialité.
La communication ne s’improvise pas. Elle ne tolère pas l’amateurisme. Elle supporte très mal les improvisations et la gestion au doigt mouillé.
Beaucoup par le communication alors qu’il s’agit bien souvent de tout autre chose, du marketing par exemple.

photo-libre.fr
La communication fait très souvent figure de coupable idéal. La moindre erreur, le plus petit retard dans un projet, une mauvaise commande, un oubli ou une préparation incomplète, c’est aussitôt la faute à un manque ou une absence de communication. Mais c’est tellement évident !
La responsabilité devient aussitôt diffuse et ne peut être imputé à quelqu’un en particulier. C’est si facile, si pratique, si déresponsabilisant.
Il s’agit souvent d’une question de management, de gestion de projet ou encore de mauvaise décision mais tout mettre sur le dos de la communication et si tentant, si déculpabilisant. C’est la facilité et l’évitement.

Il n’est pas question de faire la leçon à qui que ce soit, mais de mettre en évidence que la plupart du temps la « communication » à bon dos, surtout quand il n’en est pas question.
La communication est un processus qui permet l’explication, la compréhension, la transmission.  C’est convaincre. Le marketing s’est satisfaire, influencer et créer un besoin.

Aujourd’hui, un homme politique est d’abord jugé sur sa capacité à bien communiquer. Quant à ses convictions, ses idées, ses projets, ce ne sont que des préoccupations de second ordre. Le storytelling devient une manière de mettre en scène sa vie publique. Les séquences viennent rythmer les agendas médiatiques de tous les responsables politiques qui se respectent.
La polémique, la controverse et la petite  touche people viennent à propos pour relancer l’intérêt du public qui s’émousse  pour une personnalité.

Le silence devient l’arme de ceux qui se sont crachés afin de retrouver une virginité, une aura. Ne rien dire attire la curiosité et donne plus d’impact aux rares mots prononcés. C’est un phénomène bien connu. Une cure régénératrice qui a profité à beaucoup de leader politique : Mitterrand, Chirac, Juppé, Sarkozy…

L’absence de communication devient la meilleure des communications. L’absence de parole devient signifiante. La rareté devient prestige. C’est la grande théorie de Jacques Pilhan, le communicant de François Mitterrand et de Jacques Chirac. « Le sorcier de l’Elysée » comme l’a surnommé François Bazin  dans un excellent ouvrage (éditions PLON). Créer ou recréer le désir, voilà ce que permet la rareté de parole, du moment qu’elle soit bien contrôlé pour qu’elle ne conduise pas à l’absence, puis au désintérêt avant l’oubli.


On le voit, la communication s’est davantage et bien mieux que ce que l’on veut en faire à force de l’employer à mauvais escient, de la rendre responsable de tous les maux, de l’utiliser comme bouclier protecteur, bien souvent de nos propres erreurs.  La phrase « je ne suis pas un spécialiste de la communication mais je pense que… » me rend immédiatement méfiant. Je l’ai trop entendu et quasiment toujours pour échapper à ses responsabilités. 

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