« Le Monde » du 2 janvier
2017 consacrait un éditorial à la « Post-Vérité ». On y apprenait que
« le très respectable dictionnaire
d’Oxford a choisi comme mot de l’année 2016 l’adjectif « post-truth »
- en français « post-vérité ». Cette expression qui signifie
« relatif aux circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins
d’influence sur la formation de l’opinion que l’appel aux émotions et aux
croyance personnelles », n’est
pas nouvelle ».
En effet, la « Post-vérité » n’est pas une idée neuve. Elle a été
popularisée par les climatosceptique, voici presque qu’une décennie lorsque des
scientifiques émettaient des doutes sur l’influence de l’homme dans le
réchauffement climatique.
Les
fausses nouvelles
Depuis, les adeptes de la
« Post-vérité » n’ont pas cessés de croitre et notamment sur les
réseaux sociaux. L’élection de Donald Trump à la présidence des Etats Unis a
donné lieu à une prolifération de fausses informations sur Facebook, à un point
tel que la plate-forme et son fondateur, Mak Zuckerberg, ont été obligés de
réagir. Il faut dire que « Plusieurs éditorialistes ont accusé
le réseau social d’avoir favorisé la victoire du républicain, en laissant
passivement de fausses informations se propager et en enfermant les
utilisateurs dans une « bulle filtrante » - c’est-à-dire qu’ils
n’étaient confrontés qu’à des opinions conformes aux leurs. » (Le Monde
du 13.12.2016).
Une
réalité alternative
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La cérémonie d’investiture de Donald Trump
a fait franchir un pas supplémentaire à son équipe en évoquant une
« réalité alternative » à propos du nombre de spectateurs présents.
Contre toute évidence, photographie à
l’appui, son porte-parole a maintenu sa version d’un immense succès populaire
équivalent à celui de Barak Obama.
Que dire de la collaboratrice du
nouveau président, citée dans le « Journal du dimanche » du 26 mars
2017, qui affirme que l’ « on peut vous écouter à travers votre
micro-ondes ». Comment dès lors ne pas comprendre le climat complotiste
qui doit régner actuellement à la Maison Blanche.
La
théorie du complot
La théorie du complot n’est pas
évoquée qu’aux Etats Unis. En France aussi, elle est aussi très à la mode. Le
« cabinet noir » évoqué récemment pas François Fillon, pour essayer
de détourner l’attention des électeurs de ses propres fautes, fait bondir
Laurent Joffrin dans Libération, du mardi 28 mars 2017, « Comme un assiégé qui lance un fumigène pour échapper à l’encerclement,
François Fillon s’acharne à faire vivre la thèse, un peu vaporeuse, du « cabinet
noir » de François Hollande. » Des accusations qui reposent sur
un livre dont les auteurs, eux-mêmes, ont démenti toute allusion à ce fameux
« cabinet noir ».
Mais la stratégie est évidente et elle
ressemble fortement à la théorie du complot : rien ne le prouve mais
rien ne prouve le contraire, donc c’est peut-être vrai.
Avec de tels arguments on peut faire
des révélations, comme le dit si bien Laurent Joffrin, « sur les ovnis, les extraterrestres, le
complot des Illuminati ou l’abominable homme des neiges. »
Désacralisation
de la parole
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La défiance de plus en plus grande
vis-à-vis des médias et des informations proposées, des politiques et de leurs
promesses, laisse la porte ouverte à toutes les fausses informations.
Du je
crois que au je sais que, la
barrière est de plus en plus vite franchie et les réseaux sociaux sont une
extraordinaire caisse de résonnance et amplifient le phénomène à la mesure des
1,84 milliards d’utilisateurs actifs de Facebook dans le monde.
Les sondages qui nous sont assénés à longueur de journée
comme des vérités révélées et qui se trompent quasi systématiquement sont
autant de raison de devenir sceptique face à la parole des experts. Dernier
exemple en date, les gagnants des primaires, de gauche ou de droite, ne sont
pas ceux que les sondages donnaient archi favoris. Tous les pronostics ont été
au mieux déjoués, au pire étaient complètement faux.
François Hollande explique dans le
quotidien « Le monde » du 13 avril 2017, qu’en 2003 «On a cherché des armes de destruction
massive partout en Irak pour justifier une intervention qui a été lancée sans
avoir de preuve.» à cette époque, la bataille de l’information, du vrai et
du faux, a été au cœur, pour qui s’en souvient, d’une véritable guerre
médiatique.
Un autre exemple plus récent, au cours
de la campagne pour la sortie de l’Angleterre de l’Union Européenne, les
pro-Brexit n'ont cessé de répéter que le Royaume-Uni économiserait quelque 350
millions de livres sterling chaque semaine. Une information qui a largement contribué
à la victoire du Brexit et qui a été démentie, dès les jours suivants, par l’un
des leaders du camp du Leave.
Les
faits ne suffisent plus
« Les faits sont têtus », cette vieille expression populaire n’a
plus guère de résonnance de nos jours. Elle est à contre-courant d’une tendance
forte qui veut que les faits ne suffisent plus pour dire le vrai.
Tous les moyens semblent bons pour
arriver à ses fins. Souvenons-nous de ce mot attribué à Henri Queuille, homme
politique français, « les promesses
n’engagent que ceux qui y croient ».


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