vendredi 14 avril 2017

Les faits ne suffisent plus

« Le Monde » du 2 janvier 2017 consacrait un éditorial à la « Post-Vérité ». On y apprenait que « le très respectable dictionnaire d’Oxford a choisi comme mot de l’année 2016 l’adjectif « post-truth » - en français « post-vérité ». Cette expression qui signifie « relatif aux circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence sur la formation de l’opinion que l’appel aux émotions et aux croyance personnelles », n’est pas nouvelle ».

En effet, la « Post-vérité »  n’est pas une idée neuve. Elle a été popularisée par les climatosceptique, voici presque qu’une décennie lorsque des scientifiques émettaient des doutes sur l’influence de l’homme dans le réchauffement climatique.

Les fausses nouvelles
Depuis, les adeptes de la « Post-vérité » n’ont pas cessés de croitre et notamment sur les réseaux sociaux. L’élection de Donald Trump à la présidence des Etats Unis a donné lieu à une prolifération de fausses informations sur Facebook, à un point tel que la plate-forme et son fondateur, Mak Zuckerberg, ont été obligés de réagir.  Il faut dire que «  Plusieurs éditorialistes ont accusé le réseau social d’avoir favorisé la victoire du républicain, en laissant passivement de fausses informations se propager et en enfermant les utilisateurs dans une « bulle filtrante » - c’est-à-dire qu’ils n’étaient confrontés qu’à des opinions conformes aux leurs. » (Le Monde du 13.12.2016).

Une réalité alternative
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La cérémonie d’investiture de Donald Trump a fait franchir un pas supplémentaire à son équipe en évoquant une « réalité alternative » à propos du nombre de spectateurs présents. Contre toute  évidence, photographie à l’appui, son porte-parole a maintenu sa version d’un immense succès populaire équivalent à celui de Barak Obama.
Que dire de la collaboratrice du nouveau président, citée dans le « Journal du dimanche » du 26 mars 2017, qui affirme que l’ « on peut vous écouter à travers votre micro-ondes ». Comment dès lors ne pas comprendre le climat complotiste qui doit régner actuellement à la Maison Blanche.

La théorie du complot
La théorie du complot n’est pas évoquée qu’aux Etats Unis. En France aussi, elle est aussi très à la mode. Le « cabinet noir » évoqué récemment pas François Fillon, pour essayer de détourner l’attention des électeurs de ses propres fautes, fait bondir Laurent Joffrin dans Libération, du mardi 28 mars 2017, « Comme un assiégé qui lance un fumigène pour échapper à l’encerclement, François Fillon s’acharne à faire vivre la thèse, un peu vaporeuse, du « cabinet noir » de François Hollande. » Des accusations qui reposent sur un livre dont les auteurs, eux-mêmes, ont démenti toute allusion à ce fameux « cabinet noir ».
Mais la stratégie est évidente et elle ressemble fortement à la théorie du complot : rien ne le prouve mais rien ne prouve le contraire, donc c’est peut-être vrai.
Avec de tels arguments on peut faire des révélations, comme le dit si bien Laurent Joffrin, « sur les ovnis, les extraterrestres, le complot des Illuminati ou l’abominable homme des neiges. »

Désacralisation de la parole
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La défiance de plus en plus grande vis-à-vis des médias et des informations proposées, des politiques et de leurs promesses, laisse la porte ouverte à toutes les fausses informations.
Du je crois que au je sais que, la barrière est de plus en plus vite franchie et les réseaux sociaux sont une extraordinaire caisse de résonnance et amplifient le phénomène à la mesure des 1,84 milliards d’utilisateurs actifs de Facebook dans le monde.
Les sondages  qui nous sont assénés à longueur de journée comme des vérités révélées et qui se trompent quasi systématiquement sont autant de raison de devenir sceptique face à la parole des experts. Dernier exemple en date, les gagnants des primaires, de gauche ou de droite, ne sont pas ceux que les sondages donnaient archi favoris. Tous les pronostics ont été au mieux déjoués, au pire étaient complètement faux.
François Hollande explique dans le quotidien « Le monde » du 13 avril 2017, qu’en 2003 «On a cherché des armes de destruction massive partout en Irak pour justifier une intervention qui a été lancée sans avoir de preuve.» à cette époque, la bataille de l’information, du vrai et du faux, a été au cœur, pour qui s’en souvient, d’une véritable guerre médiatique.
Un autre exemple plus récent, au cours de la campagne pour la sortie de l’Angleterre de l’Union Européenne, les pro-Brexit n'ont cessé de répéter que le Royaume-Uni économiserait quelque 350 millions de livres sterling chaque semaine. Une information qui a largement contribué à la victoire du Brexit et qui a été démentie, dès les jours suivants, par l’un des leaders du camp du Leave.

Les faits ne suffisent plus
« Les faits sont têtus », cette vieille expression populaire n’a plus guère de résonnance de nos jours. Elle est à contre-courant d’une tendance forte qui veut que les faits ne suffisent plus pour dire le vrai.
Tous les moyens semblent bons pour arriver à ses fins. Souvenons-nous de ce mot attribué à Henri Queuille, homme politique français, « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ».


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