La sonnerie du téléphone portable au maximum du volume importune tout le monde. Ils hurlent à côté de vous et vous imposent leurs insignifiantes conversations, la plupart du temps en visio. Mais qu’importe ! L’utilisateur est seul au monde et se comporte comme-ci vous n’existiez pas. L’autre est transparent, invisible, insignifiant. Pourquoi s’en préoccuper ?
La
société s’individualise de plus en plus et l’autre dérange. Il a le tort d’être
là. L’autre doit s’adapter à moi et ce n’est certainement pas à moi de
m’adapter à qui que ce soit. Dans ces conditions le contrat social se délite
forcément. Une déliquescence qui diffuse un venin qui empoisonne nos valeurs
républicaines.
Nous
verrons avec le temps si la pandémie du covid 19 a accentué ou pas le
phénomène. L’autre est subitement devenu un danger, une cause de maladie, voire
de décès. Déjà qu’il dérangeait. Tenir l’autre à distance est la règle. Le
soupçon de la contamination est présent en permanence.
Cette
période a également renforcé l’utilisation des moyens numérique de
communication et l’intensification des comportements impudiques et sans-gêne.
Une
utilisation qui vient en résonnance avec les manières de faire et d’être sur
les réseaux sociaux.
Tout est polémique
Un
clash, un buzz, une polémique sont aujourd’hui la condition sine qua non,
d’existence médiatique ou de notoriété numérique. Le jeu consiste à faire des
vagues, du hors-piste.
Dans
une société d’hyper communication, tout est à notre portée. Les moyens de
communication sont désormais des outils du quotidien, avec une facilité
d’utilisation déconcertante. Si l’on ajoute à cela l’envie de sortir du lot,
tous les ingrédients sont là pour le meilleur parfois, pour le pire bien
souvent. Et lorsque ce dernier survient on cherche un coupable, le plus facile,
le plus pratique. On dénonce donc les réseaux sociaux.
Mais
la technique n’explique pas tout. Elle n’est pas responsable de l’utilisation
que nous en faisons. L’accuser c’est se dédouaner à peu de frais.
Nous
sommes parfaitement responsables de notre manière d’utiliser ces outils de communication. Leur facilité
est un confort non une explication. C’est se cacher derrière son petit doigt,
comme le dit une expression populaire.
Communiquer,
quel que soit le contenu, est une action consciente. Il y a d’abord une pensée
puis des manipulations techniques qui demandent une volonté, la mise en œuvre
de connaissances et de capacités. Tout cela demande une démarche
intellectuelle, a minima.
C’est
donc bien celui qui communique qui est responsable de sa communication. Il ne
peut en être autrement. Chacun doit prendre la responsabilité de ses actes et
ne peut en rejeter la faute sur les moyens et les outils.
Tout
acte a des conséquences, si ce n’est la responsabilité, qu’elle soit morale ou
pénale, de l’auteur.
La
rapidité, l’immédiateté peuvent être mise en cause. Comme si la technique
pouvait agir plus vite que notre pensée.
Ce
serait bien pratique. Mais l’intention précède toujours l’action.
Accuser
le moyen plutôt que l’utilisateur permet à ce dernier de se déculpabiliser.
L’outil
met aussi de la distance. On est presque toujours plus courageux chez soi, loin
du front, qu’en face à face, au contact direct. On se cache derrière un
clavier, un pseudo, un relatif anonymat.
La grande illusion
La
grande illusion des réseaux sociaux est de laisser croire à une célébrité, qui
n’en est pas une. Mais il suffit que l’illusion soit là, et tant pis s’il
s’agit plus de poudre aux yeux que de réalité.
Se
sentir reconnu, important, au-delà de la banalité du quotidien. Se sentir
exister dans le regard des autres pour ne plus voir ses solitudes, pour que je
partage l’image de mon assiette, de mes pieds au soleil, de mon dernier
bricolage, ou plus insignifiant encore, avec mes « amis » virtuels.
Sur
les réseaux sociaux fleurissent les réalités surjouées, un quotidien fantasmé,
un univers clos mais que l’on partage parce qu’on l’imagine exceptionnel.
Notre
envie de briller autant que d’être reconnu nous conduit à partager notre
égoïsme.


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