jeudi 29 janvier 2026

Histoire de rupture

En politique, il faut savoir provoquer des ruptures, mais seulement lorsqu’elles sont nécessaires, demandées et attendues par la population. À défaut, il ne s’agit que d’une posture.

Cette rupture doit être évidente et nette, sans pour autant effrayer. Il convient alors de l’expliquer, d’en faire comprendre la nécessité, le déroulement et l’aboutissement. Il faut donner du sens au changement. L'enjeu est d'en livrer simplement les clés et de démontrer la sincérité de la démarche. Autrement, celle-ci ne pourra être ni comprise, ni acceptée, ni perçue comme une solution pertinente.

Marquer sa différence par une rupture clairement explicitée la rend identifiable sans effort et permet aux relais d’opinion de s’en approprier aisément la substance. Ils doivent pouvoir se saisir de ce projet de changement, l’exprimer simplement et l’argumenter avec facilité. Il n’existe pas de plus puissant canal de communication que le bouche-à-oreille.

La rupture est souvent présentée comme une solution en soi, sans que l'on explique précisément avec quoi il faut rompre. Elle doit pourtant s'ancrer dans des valeurs, des principes et des idées fortes. Trop souvent, rien de tout cela n’est explicité. « Rupture, rupture, rupture… » : cette incantation est déclamée comme si elle renfermait un pouvoir magique et se suffisait à elle-même. Sur quelles valeurs faut-il se fonder ? Sur quels principes s’appuient les propositions ? En quoi ces dernières marquent-elles une rupture avec l'existant ? C’est précisément là que les convictions politiques prennent toute leur importance. Apporter quelques nuances ici ou là ne constitue pas une rupture ; il s'agit d'un abus de langage, pourtant très répandu. D’où parlons-nous ? Quelles sont les fondations sur lesquelles se construit le programme ?

Vouloir « faire mieux » suppose que la direction prise est la bonne, mais qu’il reste seulement des améliorations à apporter. C’est reconnaître implicitement le bien-fondé des actions entreprises et vouloir y apposer sa marque sans rien changer sur le fond, en se contentant de récupérer l’existant.

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