La gagne consiste à se forger un état d’esprit. La chance revient à laisser le hasard décider. La première se construit dans l’action, la seconde attend un coup du sort. Pourtant, en vrai, la chance ne vient vraiment que lorsqu’on agit. Plus nous agissons et plus nous la rencontrons. Elle n’est que la conséquence de notre volonté de faire bouger notre vie. Dès lors, la gagne représente cette force qui grandit en nous au fur et à mesure que nous avançons. Nous créons la gagne ; par contre, nous ne pouvons pas obliger la chance. Nous sommes les acteurs de la première et les victimes consentantes de la seconde.
Attendre la chance,
c'est adopter une posture passive qui fige le potentiel. Un sondage de l’IFOP
révélait que près de 70 % des Français estiment que la réussite est avant tout
une question de déterminisme ou de « coups de chance ». C'est une illusion
confortable. En réalité, ce que nous appelons « chance » est une compétence qui
se travaille. Le psychologue Richard Wiseman, qui a mené une étude scientifique
majeure sur le sujet pendant dix ans (The Luck Factor), a démontré que les
personnes dites « chanceuses » ne sont pas nées sous une bonne étoile : elles
provoquent leur réussite par leur attitude. Wiseman a prouvé que ces personnes
appliquent inconsciemment quatre principes : elles repèrent les opportunités,
écoutent leur intuition, s'attendent à réussir et transforment la mauvaise
fortune en positif.
Prenez l'exemple
d'un entrepreneur qui lance sa start-up. Le spectateur passif dira qu'il a « eu
de la chance » de rencontrer son principal investisseur par hasard dans un
café. Ce qu'il ne voit pas, c'est que cet entrepreneur a participé à cinquante
conférences, a perfectionné son pitch des centaines de fois et a eu le courage
d'engager la conversation ce jour-là. La chance n'est ici que l'intersection
entre la préparation et l'opportunité. C’est exactement ce qu'exprimait le
philosophe Sénèque : « La chance, c'est ce qui arrive quand la préparation
rencontre l'opportunité. »
À l'inverse, la
gagne est un muscle psychologique, ce que la psychologue de Stanford, Carol
Dweck, appelle le « growth mindset » (l'état d'esprit de développement). Ses
recherches en neurosciences démontrent que ceux qui croient que leurs capacités
peuvent s'améliorer par le travail et l'effort surmontent les échecs et
atteignent des sommets, contrairement à ceux qui croient en un talent ou une
chance innée. Dans le sport de haut niveau, un champion ne monte pas sur le
podium par un coup de dé. Il y monte parce qu'il a ritualisé la gagne à travers
la discipline, la résilience et la répétition. Le joueur de golf légendaire
Arnold Palmer résumait magnifiquement ce mécanisme : « Plus je m'entraîne, plus
j'ai de la chance. »
La gagne se nourrit
de chaque petit pas, de chaque décision prise, de chaque échec surmonté. Elle
s'auto-alimente. En choisissant la gagne, nous reprenons le contrôle de notre
récit. Nous cessons de subir les événements pour devenir les architectes de
notre propre trajectoire. Car si la chance est un pari incertain sur l'avenir,
la gagne, elle, est une certitude qui se construit au présent.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire