vendredi 10 juillet 2026

La gagne vs la chance

La gagne consiste à se forger un état d’esprit. La chance revient à laisser le hasard décider. La première se construit dans l’action, la seconde attend un coup du sort. Pourtant, en vrai, la chance ne vient vraiment que lorsqu’on agit. Plus nous agissons et plus nous la rencontrons. Elle n’est que la conséquence de notre volonté de faire bouger notre vie. Dès lors, la gagne représente cette force qui grandit en nous au fur et à mesure que nous avançons. Nous créons la gagne ; par contre, nous ne pouvons pas obliger la chance. Nous sommes les acteurs de la première et les victimes consentantes de la seconde.

Attendre la chance, c'est adopter une posture passive qui fige le potentiel. Un sondage de l’IFOP révélait que près de 70 % des Français estiment que la réussite est avant tout une question de déterminisme ou de « coups de chance ». C'est une illusion confortable. En réalité, ce que nous appelons « chance » est une compétence qui se travaille. Le psychologue Richard Wiseman, qui a mené une étude scientifique majeure sur le sujet pendant dix ans (The Luck Factor), a démontré que les personnes dites « chanceuses » ne sont pas nées sous une bonne étoile : elles provoquent leur réussite par leur attitude. Wiseman a prouvé que ces personnes appliquent inconsciemment quatre principes : elles repèrent les opportunités, écoutent leur intuition, s'attendent à réussir et transforment la mauvaise fortune en positif.

Prenez l'exemple d'un entrepreneur qui lance sa start-up. Le spectateur passif dira qu'il a « eu de la chance » de rencontrer son principal investisseur par hasard dans un café. Ce qu'il ne voit pas, c'est que cet entrepreneur a participé à cinquante conférences, a perfectionné son pitch des centaines de fois et a eu le courage d'engager la conversation ce jour-là. La chance n'est ici que l'intersection entre la préparation et l'opportunité. C’est exactement ce qu'exprimait le philosophe Sénèque : « La chance, c'est ce qui arrive quand la préparation rencontre l'opportunité. »

À l'inverse, la gagne est un muscle psychologique, ce que la psychologue de Stanford, Carol Dweck, appelle le « growth mindset » (l'état d'esprit de développement). Ses recherches en neurosciences démontrent que ceux qui croient que leurs capacités peuvent s'améliorer par le travail et l'effort surmontent les échecs et atteignent des sommets, contrairement à ceux qui croient en un talent ou une chance innée. Dans le sport de haut niveau, un champion ne monte pas sur le podium par un coup de dé. Il y monte parce qu'il a ritualisé la gagne à travers la discipline, la résilience et la répétition. Le joueur de golf légendaire Arnold Palmer résumait magnifiquement ce mécanisme : « Plus je m'entraîne, plus j'ai de la chance. »

La gagne se nourrit de chaque petit pas, de chaque décision prise, de chaque échec surmonté. Elle s'auto-alimente. En choisissant la gagne, nous reprenons le contrôle de notre récit. Nous cessons de subir les événements pour devenir les architectes de notre propre trajectoire. Car si la chance est un pari incertain sur l'avenir, la gagne, elle, est une certitude qui se construit au présent.

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