mercredi 19 novembre 2014

Faire parler de soi

Faire parler de soi n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. Si les colonnes des faits divers sont les plus facilement accessibles, à la moindre bêtise, c’est fait, vous y êtes, elles ne sont pas recommandées.

Pour se  donner une image positive, il s’agit de ne pas faire n’importe quoi. Il faut d’abord avoir une légitimité. Elle est donnée par la position (parti politique, mandat, présidence…). Il faut prendre une initiative qui mérite potentiellement d’être connu par le plus grand nombre. Il faut donc que votre information soit suffisamment attractive pour être choisie par la presse au détriment d’une autre. Est-elle suffisamment significative, représentative, surprenante… ? Il faut également bien se préparer et savoir mettre son initiative en récit  (communiqué et dossier de presse, interviewes...).

Une bonne polémique, bien maîtrisée, n’est jamais inutile. L’objectif est de ne pas passer inaperçu, de faire parler de soi quel qu’en soit la raison, d’être l’objet des conversations, des commentaires et de faire référence. C’est aussi être repris corrigé, décrié tout autant que salué, admiré, suivi, voire pris en exemple.

On parle de moi donc j’existe ! Son importance se calcule aux récurrences médiatiques. Ce que certain appelle l’UBM, l’Unité de Bruit Médiatique. Il s’agit plus précisément d’un indice développé par TNS-Sofres qui mesure l’exposition médiatique d’un sujet d’actualité, d’une personnalité, d’une entreprise, et la tonalité de cette exposition (source wikipédia).

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C’est Oscar Wilde qui disait «  Il y a une chose pire que le fait qu’on dise des choses sur vous, c’est que l’on ne parle pas de vous. » Une notoriété s’entretient dans la durée. Un coup d’éclat ne suffit pas pour s’inscrire dans l’inconscient des gens. Et pourquoi vouloir à tout prix être consensuel ? Aujourd’hui, c’est interprété comme un signe de faiblesse. Il faut commencer par écrire « con » en quelque sorte.

Il ne faut pas oublier la règle d’or en communication : pour être entendu, il faut parler plus fort que les autres. Emerger du lot n’est pas chose aisée. Cela nécessite de savoir parler plus fort que les autres, d’avoir de l’habilité mais aussi de la persévérance. 

Il faut un discours bien tranché. J’affirme donc je suis ! Il y aura toujours un écho pour renvoyer une approbation et la multiplication des moyens de communication aidant, vous aurez sûrement la chance de trouver un public.

Jack Lang, homme politique populaire, a dit «  Quand les gens engagent des polémiques contre vous, c’est la preuve que vous êtes vivant. » Parole d’expert.

C’est une reformulation du vieil adage qui veut que « peu importe que l’on parle de vous en bien ou en mal, l’essentiel est que l’on parle de vous » Cela reste encore le meilleur conseil qui puisse être donné. Attention toutefois à la théorie de l’élastique : à trop tendre l’élastique d’un côté et de l’autre, d’aller trop loin dans ses positions,  sa rétraction peut se révéler brutale et douloureuse.
Dans tous les cas, le plus important reste d’alimenter le « bouche à oreille ». Je ne parle pas de la rumeur, mais bien de l’arme la plus efficace de la communication. L’échange entre personne reste le moyen de diffusion, de persuasion et de notoriété le plus performant que l’on ne pourra jamais inventer.


Faire et faire savoir
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Faire et faire savoir, autrefois l’un n’allait pas sans l’autre. Mais aujourd’hui, dans un renversement des valeurs, le faire savoir devient plus important que le faire. La forme prend le pas sur le fond. L’hyper communication de notre société conjugué à l’instantanéité se traduit par une prédominance du paraître. Il suffit d’une phrase, même absurde, « Mais allo, quoi, allo ! » pour devenir une starlette.

Notre impatience est devenue absolue. En 1984, Jean Louis Servan Schreiber relevait déjà dans « L’Art du Temps » (éditions Fayard) cette accélération parfois déraisonnable :

« Le mode de communication le plus sophistiqué est devenu le message publicitaire télévisé, puisqu’il faut tout dire en 30 secondes… »

« Un temps de réponse de 5 secondes sur un ordinateur est vécu comme interminable… »

« On a aussi mesuré au bout de combien de temps d’attente un professeur qui vient d’interroger un élève a l’impression de celui-ci ne va pas répondre. Réponse : 0,9 seconde. »

« A l’arrivée du Concorde à New York, une panne d’électricité a coincé durant quelques instants la porte de sortie. Au bout de 7 minutes, les passagers  calculaient ce qu’ils allaient demander comme indemnité à Air France. Au bout d’un quart d’heure, ils étaient au bord de l’émeute. »

Nous avons le même comportement lorsqu’il s’agit de se faire une opinion, de choisir ou d’être convaincu. Le plus long des reportages des journaux télévisés culminent à 90 secondes et au-delà de 2 minutes une musique est coupée en radio. C’est dire que nous nous forgeons une conviction en quelques secondes. Celle-ci ne peut donc être basée sur des arguments qui n’ont plus le temps d’être déployés. Ce sont désormais sur des critères plus subjectifs que nous nous basons : l’apparence physique, le style vestimentaire, la manière de bouger, de parler, le ton de la voix, la bonne formule…

La séduction a pris la place de la réflexion.  Le faire savoir l’a emporté sur le faire. L’importance se juge à la visibilité médiatique.

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