« Communiquer
ou ne pas être » telle semble être l’impératif que notre société hyper
connectée nous impose aujourd’hui.
N’avoir
rien à dire n’est plus, aujourd’hui, une raison pour ne rien partager.
En
critiquant violemment les autres on peut créer le buzz. Qu’importe si c’est
injustement ou artificiel du moment que l’on attire l’attention.
Les
théories du complot sont également une inépuisable source d’inspiration, même
si elles sont malsaines.
C’est
autant de matière pour celles et ceux qui cherchent à exister sur les réseaux
sociaux d’une manière ou d’une autre.
La
communication du banal, sur le moindre fait de la vie quotidienne, devient le
fil de nouvelles d’une existence que l’on tente de sortir de l’ordinaire. Une assiette vaut un cliché. Je vais au
cinéma et hop un cliché ! Le supermarché mérite également son selfie, tout
comme la promenade ou le gros dodo du chien. Et que dire de mes pieds en
vacances qui justifie, bien évidemment, l’urgence d’un partage le plus large
possible. Le « Like » devient une raison d’exister. Tout devient donc
un motif à partage. Le presque rien, voire même de l’insignifiant, se transforme
en important. Avec moins de retenue, moins de gêne, le sentiment d’exister
devient de plus en plus fort. Nous voilà au-dessus du lot !
Je
communique donc je suis. C’est ainsi que se construit une illusion,
certainement pas pour le meilleur, clairement pour le pire.
Cette
illusion n’est pas de la communication.
Soyons clair là-dessus. Il n’y a ni message, ni intention, ni objectif, ni
stratégie. Il n’y a pas de sens, pas de sincérité, pas assez de simplicité.
Je
communique donc je suis. Je fuis le quotidien en essayant de le rendre moins
banal, plus brillant, davantage hors du commun dans une existence numérique
trompeuse et artificielle.
C’est
une fuite en avant qui ne mène nulle part.
Clash,
buzz et autres polémiques, un péché d’orgueil auquel même les politiques ont
cédé. La colère est un bon vecteur de visibilité. C’est ce que confirme deux
spécialistes du genre, Jean Luc Mélenchon et Marlène Chiappa. Cette dernière y
apporte un autre ingrédient, elle y inclut l’émotion.
Pour
autant, la colère feinte est décelable assez facilement, comme en témoigne
l’exemple de Ségolène Royal lors du débat de l’entre-deux-tours des élections
présidentielles de 2007.
Le règne de l’apparence
Nous
ne sommes plus dans le tout communication. Nous sommes entrés dans l’ère de
l’apparence. C’est-à-dire, pour résumer, dans la société de l’insignifiant.
Aujourd’hui,
on passe plus de temps à s’apprêter qu’à se cultiver. Le livre a cédé sa place
aux magazines people et ses fashions stars.
Ce
qui compte aujourd’hui c’est l’image immédiate de l’on renvoie à l’autre. Ce
n’est plus une règle mais un principe de vie. Les mots prononcés ne comptent
que pour moins de 10 % dans l’impression que vous allez laisser aux autres,
soit 7%, alors que le ton compte pour 38% et que le visuelle remporte la palme
avec 55%.
Le
vivre ensemble a de plus en plus de mal à résister au désir individuel
d’apparaître dans sa plus belle image immédiatement.
Les
réseaux sociaux n’en sont pas la cause mais le symptôme et l’amplificateur en
même temps.
Le
selfie que l’on partage, la story de
quelques secondes que l’on diffuse sont les miroirs de l’apparence de soi que
l’on veut se construire et imposer dans le regard de l’autre.
Le
succès des grandes marques est aussi une conséquence de cette évolution.
La
marque que l’on affiche est bien plus importante, en définitive, que les
vêtements ou l’accessoire lui-même. Le prestige pour sublimer l’apparence.
La
télé réalité est une excroissance supplémentaire de l’apparence et de
l’insignifiance. Les héroïnes et les
héros d'aujourd’hui n’ont rien accompli, manquent cruellement de culture et de
vocabulaire, ne proposent rien sinon leur apparence et la célébration de leur
oisiveté.
Je montre ce que je voudrais être
Impossible
de parler de communication dans ce cas. Il s’agit simplement de soigner son
apparence et qu’importe ce qui est dit et comme cela est exprimé.
Je
ne suis pas ce que je montre, je montre ce que je voudrais être, donc je parais
l’être. Je me forge une image extérieure qui me valorise. Rien de mal à cela si
ce n’est que l’effort se résume uniquement à paraître et non à devenir.
Paraître
devient tellement essentiel que l’autosuggestion arrive à les convaincre qu’il
s’agit de toute la beauté de la vie. Comment expliquer cela autrement lorsque
celles et ceux qui pensent que leur vie est tellement intéressante que la rue
dans laquelle elles ou ils marchent, l’autoroute de leurs vacances, le plat
qu’ils mangent, leurs pieds devant la piscine…
méritent une vidéo en direct.
Le règne de l’illusion
L’exceptionnelle
banalité du quotidien devient leur télé réalité à eux. Et c’est là que surgit
le règne de l’illusion et du mensonge. Et comment en vouloir puisque de
multiples émissions de télévision ne leur proposent par autre chose.
Les
selfies devant le cercueil de Jacques Chirac pose la question de savoir si ces personnes s’y sont rendues par respect
ou plutôt pour faire voir qu’elles y sont allées et profiter d’un moment de
vive émotion nationale afin d’obtenir plus de « like » que d’ordinaire
et satisfaire leur inextinguible soif du « m’as-tu vu ? » qui ne
semble plus connaître ni de limites dans la mesure, le bon goût, ni de
frontières morales.
Comment
expliquer le fait d’entrer dans l’enclos des lions du zoo du Bronx afin de se
faire filmer par ses amis et diffuser ce
triste exploit sur les réseaux sociaux. Cette recherche éperdue de l’image de
soi fait fi de toute raison, de toute retenue, de toute pudeur. J’ose à peine
évoquer ces selfies devant et dans Auschwitz. Les poses qui sont prises se
disputent l’odieux et l’inacceptable.
L’explosion
de toute sorte de « challenge » sur les réseaux sociaux en est un
autre symptôme. Le ridicule n’est plus une limite mais un identifiant et tout
le monde se met à réaliser de pseudos exploits. Malheureusement certaines
vedettes, en mal de publicité certainement,
s’y mettent également, offrant ainsi un exemple déculpabilisant.
Le culte du moi
Nous
sommes dans la culture du moi, le culte du soi, l’auto célébration, l’égocentrisme.
« L’habit
ne fait pas le moine » cette vieille expression populaire a-t-elle encore
un sens aujourd’hui ? Elle voulait dire qu’il ne fallait pas se laisser
berner par les apparences, que ce qui paraît n’est pas forcément la vérité.
« Les
apparences sont trompeuses » nous dit la sagesse populaire. Les apparences
sont comme une belle voiture… sans moteur. Elle promet plus qu’elle ne peut
tenir.
Dans
son livre « Le diable s’habille en GAFA » Jacques Séguéla nous
indique que « Google en traquant vos
données personnelles dans son application « coded couture » vous
propose la tenue vestimentaire la plus adaptée à vos activités. » (page
133). Une manière de se soulager du poids du regard des autres. Au théâtre, le spectateur juge en 13
secondes. C’est devenu ainsi également dans la vie quotidienne. Nous nous
faisons une opinion sur les autres en quelques secondes, à peine.
Sommes-nous
désormais condamnés à être jugé sur ce que l’on paraît et non sur ce que l’on
est ?





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