jeudi 16 janvier 2020

La communication de l’aspérité


La communication politique vertueuse, tout le monde en parle mais personne ne l’a  pratique. C’est exactement comme les émissions culturelles à la télévision. Tout le monde en réclame mais personne ne les regarde. Si elles ne sont pas programmées à des heures de grande écoute, c’est tout simplement parce que les audiences sont faibles.

Si la communication politique vertueuse n’est pas pratiquée, c’est probablement parce qu’elle ne fait élire personne. Soyons clair ! Les électeurs sont avant tout un concours de personnalité.

Le candidat sage, lisse, vertueux, ne fait pas recette. J’en sais quelque chose. J’ai expérimenté ce désastre. On ne m’y rependra plus, c’est certain.
Le programme est un élément comme un autre dans le « kit de campagne ».
Trois ou quatre bonnes mesures suffisent. Il convient de se rappeler la « war room » de la première campagne, en 1992, de Bill Clinton où James Carville, conseiller en stratégie politique, a placé au milieu du quartier général une pancarte indiquant afin de maintenir le message de la campagne :
  1. Changer contre plus de la même chose
  2. L’économie, stupide
  3.  N’oubliez pas les soins de santé

Bien que cette affiche fût destinée en réalité à un public interne composé d’argents de campagne, cette phrase est devenue un slogan de facto.

Des manuels au terrain
Il y a ceux qui écrivent des manuels et ceux qui ont appris de leurs échecs et des coups durs encaissés.  Penser la communication politique est une bonne chose mais encore faut-il la réalité du terrain.
Encore faut-il être confronté aux réactions des électeurs aux difficultés de se faire entendre, aux comportements des médias…

Dans un monde parfait, la communication politique serait sans doute idéale. Mais ce monde parfait n’existe pas, malheureusement.  Donc, nous devons faire avec.
L’électeur est intelligent et il sait ce qu’il veut. Il le dit à sa manière parfois excessive, d’autres fois passive, toujours consciemment.  Ces changements sont le fruit d’une maturation parfois longue.

Je constate que les municipales sont bien souvent les prémices des présidentielles. Le début d’une lame de fond qui commence à la première des élections la plus populaire chez l’électeur et se finalise à la présidentielle seconde élection plébiscitée par les électeurs de tous bords.
En 2001, la gauche perd les municipales, le Front National apparaît et en 2002 Lionel Jospin est éliminé du second tour de la présidentielle au profit de Jean Marie Lepen.
En 2008, la gauche gagne largement les municipales et François Hollande est élu président en 2012.
En 2014, c’est la bérézina pour la gauche qui perd 121 villes de plus de 15 000 habitants, et l’extrême droite creuse son sillon en gagnant 14 villes. En 2017, le candidat du PS n’est pas au second tour au profit de   la candidate FN.  
Le choix des électeurs est donc bien cohérent et persévérant.


La provocation pour sortir du lot
Mais il n’en reste pas moins que pour se faire entendre, « il faut commencer par parler plus fort que son voisin » comme l’écrit Alain Cayzac dans son ouvrage « Tout ce qu’on ne m’a pas appris à l’école », aux éditions Le Poche du Moment.
C’est ainsi, c’est la règle que tous les penseurs du monde ne pourront pas changer.
L’aspérité se remarque plus que le plat, le lisse, le souple et le doux.  

En politique, c’est bien connu, « le travail ne paie pas » ou plutôt ne paie plus. Notre époque est celle de la politique du spectacle.
Ne pas être trop lisse, trop transparent, trop consensuel au risque de paraître fade, sans relief, insignifiant.
La rugosité, l’affirmation d’aspérité, la polémique vous fait exister.
C’est ainsi que l’on veut voir nos politiques dans notre monde du tout communication, de l’information en continu et des réseaux sociaux.

Aujourd’hui une ambition sans communication a de grande chance de rester lettre morte, en politique comme dans tous les autres domaines. Nos réseaux sociaux sont saturés de comptes et de profils de personnalité qui utilise la provocation pour essayer de sortir du lot. Le président actuel des Etats Unis, Donald Trump, s’en est d’ailleurs fait le champion toutes catégories. Mais à trop communiquer on peut aussi se prendre les pieds dans le tapis.

Se prendre les pieds dans le tapis
C’est généralement le début d’une mauvaise séquence, d’une série de « couacs », comme on le dit maintenant, qui finissent par aboutir à une situation de crise.
La première difficulté, dans notre société d’hyper communication, semble engendrer le « couac » suivant et ainsi de suite sans que rien ne puisse y mettre un terme.

Que faut-il faire dans pareil cas ?
La première des solutions, celle qui nous vient le plus naturellement est de ne rien faire, de baisser la tête et d’attendre que ça passe. Après la tempête vient le soleil, se dit-on pour se réconforter.
Pourtant la communication de crise a ses règles : parler en premier, donner sa version des faits, imposer ses propres mots.
La seconde méthode est de réagir, répondre pied à pied, au risque d’entretenir soi-même le feuilleton de cette mauvais actualité.
On peut aussi essayer de nier le problème, de ne pas voir «  l’éléphant dans le salon » et de faire comme si tout allait bien.

Occuper l’espace central
Une des règles du jeu des échecs est d’occuper ou de contrôler le centre de l’échiquier. C’est même une règle en communication politique : il faut occuper ou contrôler le centre d’intérêt des médias. Des règles incontournables, des stratégies sont à respecter.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire